Aubervilliers ! 2000 chinois manifestent !

Le titre du Parisien :

Près de 2000 Chinois manifestent à Aubervilliers contre les agressions

De la musique chinoise retentit dans les enceintes. Des tee-shirts blancs tachetés de rouge, où il est inscrit « Agression, qui sera la prochaine ? », sont distribués à la hâte. Sur la place de l’hôtel de ville d’Aubervilliers, près de 2000 chinois s’amassent doucement pour crier à nouveau leur colère. A 14 heures, ce dimanche, l’imposant cortège se met en route, accompagné par un large dispositif policier. « Liberté ! Egalité ! Fraternité ! Et sécurité ! », hurle un homme dans le gigaphone.

La foule reprend ses mots et scande : « sécurité pour tous ! » Car depuis l’agression de Zhang Chaolin le 7 août, décédé des suites de ses blessures le 12 août, la communauté asiatique n’en peut plus. Entre janvier et le mois d’août, le nombre d’agressions envers les Asiatiques — et plus particulièrement les Chinois — a été multiplié par trois. « Ça n’est plus acceptable, il faut de vives réactions », lance Chi Wansheng, le président de l’association des Chinois résidents en France. « Ce qui arrive à Aubervilliers est aussi une réalité à La Courneuve, à Pantin, à Saint-Denis, à Paris et partout en région parisienne. »
« Il faut marquer le coup, ne pas se laisser faire »

Sur le parvis de la mairie, des membres de la communauté chinoise, venus en famille, ont fait le déplacement de toute l’Ile-de-France. « Il faut marquer le coup, ne pas se laisser faire ! », s’insurge un trentenaire très en colère. Ce qu’ils dénoncent ? Le racisme envers leur communauté. « Il y a clairement un problème, dénonce le patron d’un bistrot de la place. Les voyous qui les attaquent pensent qu’un Chinois a toujours de l’argent sur lui… »

p>Samedi, vers 15 heures une femme d’origine asiatique a encore une fois été la victime d’une tentative de vol à l’arraché, avenue Jean-Jaurès à Aubervilliers. « Le dispositif de sécurité renforcé mis en place depuis mi-août a permis d’identifier et d’interpeller rapidement le propriétaire du véhicule », se félicite-t-on en préfecture.

Mais pour les Chinois, il va falloir faire encore davantage : « multiplier les caméras de surveillance, déployer encore plus de policiers sur le terrain et approfondir la prévention dans les quartiers, liste un manifestant. Pour que cette hémorragie cesse, il va falloir changer les mentalités. Sinon, ça ne sera plus vivable pour notre communauté. » A l’arrivée aux Quatre-Chemins, à la fin du cortège, deux hommes du quartier sont pris à partie, soupçonnés d’avoir voulu dérober le sac d’une manifestante. Molestés par la foule extrêmement tendue, les deux jeunes hommes ont été interpellés.

Le titre de Libération :

Meurtre à Aubervilliers : «J’ai été témoin deux fois d’agressions qui visaient des Chinois»

«On a l’habitude de se taire, c’est dans notre culture. Mais cette fois il faut qu’on se fasse entendre», s’écrie dans un français approximatif Ha, un père de famille de 62 ans. Depuis l’agression et le meurtre de Zhang Chaolin, un père de famille de 49 ans d’origine chinoise, rue des Ecoles à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), la communauté met en place des actions pour obtenir des garanties auprès des autorités. Ce dimanche, quelques centaines de personnes étaient rassemblées pour protester contre les actes racistes dont elles sont victimes et obtenir plus de sécurité dans leur ville. Pour Olivier Wang, l’un des responsables de l’Association des jeunes Chinois de France, «il est nécessaire de mettre en place des actions concrètes pour lutter contre ces agressions. Plus de policiers, et plus de caméras».

Dans le cortège, constitué essentiellement de manifestants d’origine chinoise, des drapeaux tricolores et des tee-shirts sur lesquels il est inscrit «Sécurité, liberté, égalité, fraternité». Beaucoup, lorsqu’on les interroge, racontent volontiers des histoires d’agression dont ils ont été victimes, ou dont ils ont eu écho dans leur famille. Ha, père de famille, en a vécu une récemment : «Ils m’ont tapé et volé mon téléphone portable. Il faut que cette violence cesse.» Marcel, 18 ans : «J’ai été témoin plusieurs fois d’agressions contre des Asiatiques. Maintenant, lorsqu’on sort, il faut surveiller l’heure, ne pas rentrer tard, et les filles ne prennent pas de sac.»

Annie (le prénom a été changé), qui n’est pas issue de la communauté, est venue apporter son soutien : «J’ai été témoin deux fois d’agressions qui visaient des Chinois à Aubervilliers. Ici, ça fait un moment que ça dure. Les gens doivent se dire qu’ils sont des cibles faciles parce qu’ils imaginent que les Chinois ont souvent du liquide sur eux. Je suis venue là pour les soutenir, pour qu’ils ne pas soient isolés et leur situation passée sous silence.»

En fin de cortège, la maire d’Aubervilliers (PCF), Mériem Derkaoui, avec d’autres élus : «C’est bien qu’ils montrent qu’ils sont capables de donner de la voix. Il faut que le ministère de l’Intérieur se saisisse du problème, qu’il y ait des renforts de policiers à Aubervilliers. Qu’on organise une manifestation place Beauvau.» Puis, se tournant vers une femme asiatique avec une balafre à l’œil, elle lance : «C’est une femme qui s’est fait agresser à Neuilly-sur-Seine. Comme quoi, ça arrive aussi dans les villes qui ont de l’argent.»

En 2016, 105 plaintes ont été enregistrées – contre une trentaine en 2015 selon la maire – au commissariat de la ville, où deux traducteurs ont été nommés pour accompagner les victimes d’agressions ou d’insultes racistes. Deux facteurs expliquent cette augmentation : l’incitation de la communauté chinoise à signaler ces actes pour qu’ils ne restent plus impunis et la recrudescence de ces violences.

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