Daech : elles filment l’enfer de Raqqa

VIDÉO. En caméra cachée sous leur niqab, deux Syriennes ont risqué leur vie pour montrer l’horreur qui règne dans le fief de l’État islamique.

Le drapeau noir de Daech flotte sur Raqqa. Occupée par l’État islamique, la ville est aujourd’hui le fief des djihadistes. Dans ce lieu coupé du monde, le mot « liberté » n’existe pas. Pourtant, certains ont l’espoir de retrouver leur vie d’avant. Caméra cachée sous leur niqab, Om Omran et Om Mohammad ont filmé les atrocités de Daech. Le document* est commenté et diffusé par le média suédois Expressen TV, qui précise : « En filmant ces images, les deux femmes risquent la lapidation à mort. » Elles sont couvertes de la tête aux pieds, aucune partie de leur corps ne doit apparaître. En entrant chez un marchand, les deux femmes filment des boîtes de coloration pour cheveux où les visages féminins ont été raturés. « Comme ça, elles portent le niqab », se justifie l’homme. « Toutes les femmes aiment montrer leur visage. On a perdu cette option. On a perdu notre féminité », constate amèrement Om Mohammad.

Au fil de la vidéo, les horreurs vont crescendo. Dans cette terre où la charia fait loi, personne n’est épargné. Les deux Syriennes évoquent une exécution publique, dont l’Expressen s’est procuré les images. Un jeune homme qui semble résigné à son sort est tué par cinq tireurs. Une fois mort, les bourreaux le décapitent. Puis « ils ont planté sa tête sur une pique pour la mettre à la visibilité de tous », expliquent les deux femmes. Parfois, des corps reposent sur la route, attendant simplement de se fondre avec le sol à force de se faire rouler dessus. Et que dire de cet autre homme jeté du haut d’un immeuble car il a commis le crime d’être homosexuel…
« Ces ténèbres qui nous cachent le monde »

Outre l’immense brutalité de Daech, la vidéo dévoile l’enfer du quotidien. Les djihadistes égyptiens, saoudiens ou encore français ont pris possession de très luxueuses maisons. Leurs propriétaires ont simplement été renvoyés, ou même tués par ces « muhâjirûn ». Les somptueux monuments que comptait la ville ont été réduits à néant ou sont aujourd’hui utilisés par les « fonctionnaires » du califat. Menacées d’être lapidées au moindre écart, les femmes de Raqqa doivent sans cesse se cacher, notamment si elles tombent enceintes sans être mariées. Puisqu’aucun médecin n’accepterait d’être le complice d’un avortement, elles doivent se débrouiller seules.

Si l’espoir semble s’être effacé du vocabulaire de ces habitants, Om Mohammad ne l’a pas perdu. « J’aspire à enlever pour de bon mon niqab et ces ténèbres qui nous cachent le monde. Je veux sortir seule, libre », dit-elle avant de laisser entrevoir pour la première fois ses longs cheveux bruns. « Rien n’est plus important que la liberté », conclut-elle.

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