Migrants : l’Union européenne ferme la porte et mise sur Ankara

La Turquie fait monter les enchères vis-à-vis de l’Europe en échange du retour massif de migrants sur son sol.

Une curieuse querelle sémantique a divisé toute la journée de lundi les Européens et opposé Angela Merkel à la plupart de ses partenaires européens. La chancelière ne veut pas retrouver dans les conclusions du sommet un constat qui correspond pourtant à la réalité : «La route des Balkans est fermée.» Pour l’Europe, «il ne peut s’agir de fermer quoi que ce soit », a-t-elle lancé au nom des grands principes, dès son arrivée. François Hollande, lui, l’a reconnu sans hésiter : «C’est effectivement le cas. Cette route est fermée.»

Mais l’UE a besoin de la Turquie, et Ahmet Davutoglu bouscule le jeu. Ruinant la chorégraphie d’un sommet qui devait s’achever à la mi-journée, Ankara a offert une nouvelle donne sur les réfugiés, en échange d’un redémarrage de la mécanique d’adhésion de la Turquie à l’Union. Tout s’est retrouvé d’un coup sur la table et l’accord, qui semblait ficelé dimanche, a été reporté tard dans la nuit.

Pour Donald Tusk, grand maître des sommets, «l’offre turque est une avancée, elle est très sérieuse et les Vingt-Huit doivent la discuter dans le détail ». Les Vingt-Huit, pressés par leur public et par la désagrégation de l’espace Schengen, se préparaient lundi soir à de longues heures de tractations avec un partenaire ouvert, mais intraitable.

Le catalogue poussé par Ankara a pris les dirigeants européens par surprise, à l’exception d’Angela Merkel, mise dans la confidence dès dimanche soir. À l’étonnement s’ajoute l’inconfort : le sommet suit de quelques jours la mise en coupe réglée de Zaman, le principal journal turc d’opposition, par le régime d’Ankara. François Hollande, parfois mal à l’aise sur le dossier européen des réfugiés, s’est emparé de l’argument dès son arrivée à Bruxelles : «La presse doit être libre, partout (…). Une coopération avec la Turquie ne veut pas dire qu’on accepte tout.»
La voix dissonante de Merkel

L’offre est aussi saisissante, même si elle paraît réaliste au vu des statistiques de la crise migratoire. La Turquie serait prête à reprendre «tous les migrants irréguliers» qui arriveraient dans les îles grecques – des dizaines de milliers, aujourd’hui. Elle absorberait aussi tous les Syriens parvenus dans l’archipel, à condition que l’UE accepte d’en accueillir un nombre équivalent, prélevé celui-là dans les camps de réfugiés turcs. Ce serait la mise en œuvre, portée à une échelle inattendue, des «réinstallations» défendues depuis des mois par Angela Merkel. Cet échange «un pour un» serait «temporaire» – mais sans date-limite précise ni plafond chiffré. Il prévoirait un contingent mensuel, selon un calendrier préétabli.

À part l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas, les réinstallations de grande ampleur rebutent à peu près tous les partenaires de la chancelière, surtout en Europe centrale. Si elles voient le jour, elles seront réservées aux seuls pays volontaires. Le président Hollande a cependant paru prendre acte du principe, rappelant que la France s’est engagée à accueillir 30.000 réfugiés : «Je pense effectivement qu’il faut prévoir des réinstallations de Syriens en provenance de Turquie », dit-il. Aux yeux des Européens pourtant, il n’est pas question d’amorcer cette pompe d’immigration «légale » tant qu’il n’y a pas de reflux dans l’exode des irréguliers.

Laisser un commentaire