La rupture d’Aubry, un «nouveau coup de poignard» motivé par «la rancune»

Selon des sources proches de la direction du PS, la décision de Martine Aubry de quitter la direction du PS n’aurait pas été préalablement annoncée à l’ensemble de ses soutiens.

 

Si elle est regrettée, l’annonce ce dimanche du retrait de Martine Aubry et de ses proches de la direction de Solferino ne surprend pas outre mesure à la direction du PS. Auprès du Scan, un proche du premier secrétaire assure que ce nouveau coup de menton n’est pas bien passé, y compris auprès de certains proches de la maire de Lille. «Tout le monde n’a pas été averti au préalable de cette nouvelle annonce. Pierre de Saintignon et ses proches sont par exemple tombés de leur chaise», lâche-t-on, en promettant une réaction de Jean-Christophe Cambadélis.

«Martine Aubry est une amie. Je trouve que quelque fois elle est trop raide. Elle trouve parfois que je suis un peu mou dans mon opposition à la politique gouvernementale». Invité sur BFM dimanche soir, le patron des socialistes a effectivement tenté de calmer l’incendie et de minimiser l’annonce de Martine Aubry. «Moi j’essaie de retenir tout le monde. Elle ne va pas quitter le Bureau national. Elle veut quitter la majorité du PS. Elle estime que l’accord que nous avions conclu lors du précédent congrès n’est pas respecté. (…) On va discuter des orientations. Si elle n’est pas d’accord elle se tiendra hors de la majorité. C’est une grande voix socialiste dont nous aurons besoins pour la prochaine présidentielle. Je suis contre l’idée que la gauche est brisée irréconciliable», a promi Jean-Christophe Cambadélis. «Nous aurons besoin de Martine Aubry dans la campagne présidentielle. Comme nous aurons besoin de Manuel Valls», a-t-il poursuivi, avant de critiquer le discours sur les migrants de Manuel Valls à Munich, afin de donner quelques gages aux soutiens de la maire de Lille.
«Césure politique»

Longtemps rivale de Martine Aubry, Ségolène Royal n’a pas manqué de critiquer ce dimanche au 12/13 sur France 3 cette nouvelle séquence de divisions, sans jamais nommer directement la maire de Lille. «Une partie des prises de paroles (contre le projet de loi El Khomri, Ndlr) sont très conservatrices», a estimé la ministre de l’Écologie, en insistant sur le fait qu’il y avait «des conservatismes de gauche comme de droite». «Les postures qui consistent à dire “on est plus à gauche, donc on est plus vertueux”, ce sont des postures qui ne conduisent pas la France vers le progrès», a poursuivi l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007. «Il ne faut pas dire non par principe alors qu’il faut continuer à gouverner et à réformer». Ségolène Royal a cependant admis que la mobilisation contre le projet de loi de réforme du Code du travail doit amener le gouvernement à plus de pédagogie.

Interrogé dans Le Parisien, l’ancien ministre Jack Lang ne mâche pas non plus ses mots à l’encontre de Martine Aubry, qu’il avait soutenue en 2008, pour son accession à la tête du PS. «Sa Philippique me choque, c’est un coup de poignard dans le dos», juge-t-il au sujet de la tribune assassine publiée mercredi dans Le Monde, contre la loi El-Khomri et les orientations de l’exécutif. Auprès du Scan, il juge que le départ des aubrystes de la direction du PS relève «d’un jeu de posture alimenté par le ressentiment et les rancunes». «C’est un nouveau coup de poignard, dans la lignée de la césure politique dans laquelle elle s’est engouffrée. Nous sommes aux 2/3 du mandat de François Hollande, nous aurions besoin d’unité», juge-t-il sévèrement. Mais pas de quoi aller jusqu’à inquiéter l’ancien ministre de la Culture pour l’avenir du parti. «Je ne crois pas aux visions apocalyptiques qui annoncent la fracture du parti. La tempête passera, le président prendra certainement des initiatives politiques qui permettront de ressaisir les énergies et de réunir les sensibilités».

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