Syrie : Etats-Unis et Russie annoncent un cessez-le-feu pour samedi

Des Syriens au milieu des décombres le 21 février 2016 à Sayeda Zeinab, dans la banlieue de Damas où des dizaines de personnes ont été tuées dans des attentats.

Washington et Moscou ont annoncé lundi l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu samedi en Syrie, où des combats faisaient rage près d’Alep au lendemain des attentats djihadistes les plus meurtriers en près de cinq ans de guerre.

Les deux chefs d’Etat américain et russe se sont entretenus par téléphone lundi. Barack Obama a insisté sur la nécessité du respect de l’accord par toutes les parties pour «soulager les souffrances du peuple syrien» et «se concentrer» sur le combat contre le groupe Etat islamique. Vladimir Poutine a assuré que la Russie «fera le nécessaire» pour que Damas respecte l’accord de cessez-le-feu. Il a enjoint son homologue d’en faire de même avec ses alliés.

Cette trêve devrait entrer en vigueur samedi à 0 heure à Damas (23 heures vendredi à Paris). Le secrétaire général de l’ONU a salué l’annonce américano-russe comme un «signe d’espoir pour la population syrienne». Pour l’instant, l’interruption des hostilités ne concernera ni le groupe djihadiste Etat islamique (EI) ni le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, d’après ce communiqué qui stipule aussi que les parties ont néanmoins jusqu’à vendredi midi (11 heures à Paris) pour faire part de leur adhésion.

Poutine : «Un travail intense des équipes d’experts américains et russes»

Assurant que «les Etats-Unis et la Russie (…) sont prêts à mettre en place un mécanisme effectif de contrôle» du respect de l’accord de cessez-le-feu, le président russe a précisé qu’une «ligne directe de communication sera créée ainsi que, si nécessaire, un groupe de travail pour échanger des informations.» «Emerge, enfin, une vraie chance de mettre fin à des années de sang et de violence», a poursuivi Vladimir Poutine. Selon le président russe, cet accord a été «précédé d’un travail intense des équipes d’experts américains et russes» et facilité par «l’expérience positive acquise» lors de l’accord américano-russe sur le démantèlement de l’arsenal chimique syrien, signé en septembre 2013.

A Ryad (Arabie saoudite), où des groupes clés de l’opposition syrienne étaient de nouveau réunis lundi, un porte-parole du Haut comité des négociations (HCN) a indiqué que «les rebelles (étaient) en train d’étudier l’accord (de cessez-le-feu).»

Un lieu chiite sacré visé par Daech

Cette proposition de trêve intervient près de trois semaines après l’échec de négociations de paix intersyriennes à Genève et au lendemain d’une vague d’attentats revendiqués par Daech à Homs contre des alaouites, et près de Damas contre des chiites, deux communautés «mécréantes» à ses yeux. Le double attentat suicide perpétré à 400 mètres du mausolée de Sayeda Zeinab, lieu sacré chiite, a fait 134 morts, dont 97 civils selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), dont 90 civils. Il a été mené quelques heures après une double attaque à la voiture piégée, également revendiquée par l’EI, dans un quartier à majorité alaouite à Homs, qui a fait 64 morts selon l’OSDH.

Les djihadistes coupent la route d’Alep

Daech est en guerre contre les alaouites, communauté issue du chiisme et à laquelle appartient le président syrien Bachar al-Assad, et contre le Hezbollah libanais et l’Iran chiites, venus prêter main forte au régime syrien. Par cette double opération sanglante et en coupant, lundi avec d’autres djihadistes une route vitale permettant au régime d’accéder à la ville septentrionale d’Alep, Daech a voulu montrer que ses récents revers face à l’armée et aux kurdes n’avaient pas entamé sa capacité d’action. L’organisation djihadiste a par ailleurs libéré les 42 derniers des 220 chrétiens assyriens qu’elle avait kidnappés en février 2015 lors d’une attaque dans l’est du pays, selon l’OSDH.

Dans un communiqué, les Affaires étrangères russes ont souligné la nécessité de «solidement bloquer» les tentatives de Daech, d’Al-Nosra et «d’autres groupes terroristes d’aggraver encore la situation en Syrie» et dans les pays voisins en provoquant des tensions confessionnelles.

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