Provocation à la violence : le rappeur Orelsan relaxé

«Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner»…

A l’issue d’une longue procédure judiciaire, la Cour d’appel de Versailles a jugé que les propos du chanteur relevaient de la liberté d’expression. Déception du côté des cinq associations féministes qui le poursuivaient.

 

Pour les cinq associations féministes qui poursuivaient le rappeur Orelsan depuis 2013, c’est «une grande déception». Ce 18 février, la cour d’appel de Versailles a finalement relaxé le chanteur. À l’issue d’un long feuilleton et d’un 3e procès.

En mai 2013, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris avait condamné Orelsan, Aurélien Cotentin de son vrai nom, à 1000 euros avec sursis pour injure et provocation à la violence à l’égard des femmes. Extraits des huit chansons pointées par les associations: «Renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, j’peux t’faire un enfant et t’casser le nez sur un coup de tête», «ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner», ou encore «Les féministes me persécutent, comme si c’était d’ma faute si les meufs c’est des putes». A la suite d’un appel d’Orelsan, la Cour de cassation avait décidé en juin 2015 que l’artiste sera rejugé par la Cour d’appel de Versailles. Ce qu’elle a fait ce 18 février.

«Si ces propos avaient concerné les juifs, les homosexuels ou les personnes handicapées, il y aurait eu condamnation immédiate»

«La cour a considéré que ces propos relevaient de la liberté d’expression et que le rap permet des formes d’expression plus ou moins excessives», explique au Figaro Me Alain Weber, l’avocat des associations plaignantes, les Chiennes de garde, le Collectif féministe contre le viol, la Fédération nationale solidarité femmes, Femmes solidaires et le Planning familial. «Je suis déçu de l’approche de la cour, poursuit-il, car si ces propos avaient concerné les juifs, les homosexuels ou les personnes handicapées, il y aurait eu condamnation immédiate.»

Les associations féministes et leur avocat espéraient une décision qui fasse jurisprudence. La loi du 30 décembre 2004, qui a créé la «Halde» (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) – devenue désormais «Défenseur des droits» – a introduit dans la législation de 1881 sur la liberté de la presse la notion d’incitation à la violence «à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe». Un délit pour lequel il n’y a pas encore eu de condamnation.

En 2012, le rappeur qui était par ailleurs poursuivi par l’association Ni putes, ni soumises, avait été relaxé. La chanson incriminée, intitulée «Sale pute» ne visant pas un groupe -les femmes- mais une ex-copine. «J’vais te mettre en cloque, et t’avorter à l’Opinel». «Les féministes ont fait énormément de choses bien (…) mais elles sont aussi un peu à côté de la plaque, déconnectées de la culture des jeunes en tout cas», avait déclaré le rappeur, qui avait vu plusieurs de ses dates de tournée annulées.

À 33 ans, Orelsan achève donc de se racheter une conduite. Il vient de signer un film, sorti en décembre, ainsi qu’un duo avec sa grand-mère. Depuis septembre 2015, il est aussi le héros de Bloqués, une série quotidienne diffusée sur Canal +, où il donne dans le second degré.

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