Pyongyang expulse les Sud-Coréens d’une zone industrielle

La Corée du Nord a ordonné jeudi le départ immédiat des Sud-Coréens du complexe industriel intercoréen de Kaesong et ordonné la saisie de leurs avoirs.

Pyongyang a ordonné jeudi 11 février le départ immédiat des Sud-Coréens du complexe industriel intercoréen de Kaesong et ordonné la saisie de leurs avoirs, après la décision unilatérale de Séoul d’en suspendre les opérations en riposte aux programmes balistique et nucléaire du Nord.

Cette crispation autour d’un site industriel qui se voulait un symbole de la « réconciliation » illustre l’escalade des tensions intercoréennes provoquée par le quatrième essai nucléaire nord-coréen du 6 janvier, et par le tir de fusée effectué dimanche par Pyongyang.

Dans un communiqué publié par l’agence officielle nord-coréenne KCNA, la Commission pour la réunification pacifique de la Corée, qui s’occupe des questions intercoréennes, a annoncé qu’elle plaçait Kaesong, zone gérée conjointement par Séoul et Pyongyang mais située en territoire nord-coréen, sous contrôle militaire.

Parallèlement, deux lignes essentielle de communication avec Séoul sont coupées.
« Les forces ennemies sud-coréennes doivent payer »

« Les forces ennemies sud-coréennes vont faire l’expérience du prix élevé et douloureux qu’elles doivent payer pour avoir fermé le complexe industriel de Kaesong », a affirmé le texte.

Pour protester contre la poursuite par Pyongyang, en violation de nombreuses résolutions de l’ONU, de ses programmes nucléaire et balistique, Séoul avait annoncé mercredi qu’il suspendait les opérations dans ce complexe financé par le Sud situé à 10 kilomètres de la frontière.

En agissant ainsi, Séoul a anéanti « l’ultime bouée de sauvetage » des relations bilatérales et émis « une déclaration de guerre dangereuse » qui pourrait conduire la péninsule au bord du conflit, a ajouté la Commission nord-coréenne.

Les relations intercoréennes ont toujours été problématiques mais les analystes estiment que la situation actuelle pourrait dégénérer en crise généralisée.

« On peut dire que tous les liens entre les Corées ont été tranchés. Plus rien ne fait tampon », a commenté Ko Yoo-Hwan, professeur d’études nord-coréennes à l’Université Dongguk à Séoul.

« Une escalade des tensions est inévitable. Il y aura de nouveaux problèmes avec Kaesong et la saisie des avoirs, spécialement si la Corée du Nord militarise la zone ».

La Corée du Nord a donné 30 minutes aux Sud-Coréens pour partir, avant 17H00 (08H30 GMT), munis uniquement de leurs effets personnels.

« Nous saisissons tous les avoirs des entreprises sud-coréennes et sociétés alliées, y compris les machines, les matières premières et les biens ».
Récupérer ce qui peut l’être

La Corée du Sud avait qualifié d' »inévitable » sa décision, accusant Pyongyang d’avoir utilisé des centaines de millions de dollars de devises recueillies à Kaesong pour financer ses programmes d’armements.

Au total, 124 entreprises manufacturières sud-coréennes employaient à Kaesong 53.000 Nord-Coréens. Les patrons de ces sociétés ont envoyé jeudi matin des centaines d’employés et des camions vides pour tenter de récupérer ce qui pouvait l’être.

On ignorait dans l’immédiat combien d’entre eux se trouvaient toujours sur place quand l’ordre d’évacuation est tombé.

« Nous ferons tous les efforts pour nous assurer que nos ressortissants puissent rentrer en toute sécurité », a assuré dans un communiqué le ministère sud-coréen de l’Unification.

Des Sud-Coréens rentrés de Kaesong dans la journée ont fait état d’une présence de militaires nord-coréens plus importante qu’à l’accoutumée, certains étant équipés de sacs de couchage.

Kaesong avait ouvert en 2004 dans le sillage de « la diplomatie du rayon de soleil », poursuivie par Séoul de 1998 à 2008 pour encourager les contacts entre les deux frères ennemis. Le complexe a longtemps été préservé des péripéties des relations intercoréennes.

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